VEERLE WENES : DIRECTRICE ARTISTIQUE DU LABEL VALERIE_OBJECT ET GALERISTE ENGAGÉE

21 décembre 2016

Veerle wenes

Galeriste, directrice artistique du label valerie_object et ancienne architecte, Veerle Wenes nous parle de sa galerie anversoise – valerie_traan – à la croisée entre art, design et architecture. Accolée à sa maison, c’est un espace dédiée aux objets de quotidien où elle vit et travaille, un lieu où elle peut prendre la parole et montrer son engagement pour des causes qui lui tiennent à cœur. Elle présentera le Cutlery Show lors du Festival du Design D’Days en mai 2017. Rencontre.

/////

« Mon fil rouge est la question de l’objet du quotidien : ceux qui nous entourent et qui font partie de la vie de tous les jours.»

D’DAYS : Objects & Subjects — telle est le sous-titre de votre galerie, comment se traduit-il dans vos expositions ? Comment caractérisez-vous la ligne éditoriale de votre galerie ?

VEERLE WENES : Objects & Subjects ça veut dire que je ne suis pas une galerie d’art stricto sensu et que je ne veux pas être une galerie de design uniquement. J’aime le mélange, j’expose des gens très divers en essayant d’osciller sur la frontière entre l’art, le design et l’architecture. Mon fil rouge est la question de l’objet du quotidien. Ce qui m’intéresse ce sont les artistes, designers ou architectes qui s’en inspirent et abordent ces objets qui nous entourent et qui font partie de la vie de tous les jours. Par exemple, j’ai présenté l’exposition the end of the world for beginners de Johan De Wit, un artiste autonome qui reconstitue et transforme des objets de tous les jours pour montrer leur origine, leur histoire. Le fait que Johan mette en avant l’objet m’intéresse, mais c’est un artiste, il n’aurait, sans doute où probablement, jamais été exposé dans une galerie de design.

Au-delà de ce concept, ce que j’attends avant tout des créateurs, c’est évidemment que leur travail me plaise. C’est le premier critère pour le choix des expositions. Presque dans tous les cas, j’évite le minimalisme, les choses lisses et parfaites… J’aime l’imperfection et privilégie les créations avec du contenu. Je tiens à présenter des expositions engagées, qui racontent une histoire.

DD : Situé à Anvers, la galerie valerie_traan donne sur votre maison, comment vivez-vous cet espace au quotidien ?

VW : La galerie donne sur la maison et la maison donne sur la galerie. Ce sont deux endroits différents, mais la plupart des gens sont invités pendant les heures d’ouverture à entrer dans la maison où j’habite. La galerie est ouverte 12h par semaine, ce qui est peu. Le reste du temps, la galerie est fermée et devient alors une extension de la maison. C’est un espace pour vivre et pour travailler, un mélange entre le privé et le travail. J’apprécie de vivre dans un environnement rempli de pièces d’artistes, de designers et d’architectes que j’aime, c’est inspirant.

DD : Vous représentez à la fois des designers, des artistes et des architectes, pouvez-vous nous raconter la genèse de cette approche décloisonnée ?

VW : D’origine, je suis architecte et j’ai toujours travaillé dans la communication, j’avais un bureau de concept et de création pour la communication. Avant d’ouvrir la galerie, j’ai eu l’occasion de faire la curation de l’exposition « le Fabuleux Destin du Quotidien » au Grand-Hornu. Cela m’a permis de faire des rencontres dans le milieu de l’art et du design. J’ai commencé à faire des expositions qui s’articulaient autour de la relation entre l’art et le design… Ce fut le début de la galerie. Je trouve intéressant de mélanger les secteurs, d’explorer les relations entre les domaines. Dès le départ, mon but était de permettre aux créateurs de sortir de leurs zones de confort, de leurs métiers d’origine, de voir comment les créateurs abordent les objets du quotidien avec leurs spécificités : des artistes qui approchent le design, des architectes qui font des meubles…

DD : Comment découvrez-vous les artistes et designers que vous exposez ?

VW : Il n’y a pas de processus particulier pour les découvertes : je peux les rencontrer lors d’une exposition, par le bouche à oreille. Parfois, lorsque j’ai un thème particulier que je veux développer et qui me tient à cœur, je fais des recherches sur internet. Parfois, ce sont les artistes ou designers qui viennent vers moi avec des projets, leurs créations…

DD : Pouvez-vous nous présenter le label valerie_object, dont vous êtes la directrice artistique ?

VW : Le label est né avec le projet « The cutlery project ». Je souhaitais développer quelque chose autour des couverts, je me suis donc tournée vers Axel Van Den Bossche et Frank Lambert, les propriétaires de Serax, pour leur présenter mon idée. Ils ont directement été intéressés et nous nous sommes associés en créant le label valerie_objects pour lancer The cutlery project. Par la suite, j’ai intégré quelques pièces de Muller Van Severen et d’autres designers, architectes et artistes. Les objets du label sont aujourd’hui vendus dans la galerie.

« Les gens pensent qu’ouvrir une galerie consiste à ouvrir la porte. Ouvrir la porte, c’est les vacances pour moi.»

DD : Internet et les réseaux sociaux bouleversent les pratiques du marché de l’art. Quels changements avez-vous constaté dans les rapports avec les acheteurs ? Utilisez-vous les nouveaux médias pour repérer les artistes exposés ?

VW : J’ai lancé ma galerie il y a 6 ans, donc j’ai toujours travaillé dans un monde ultra connecté. Les nouvelles technologies ont forcément bousculé le marché de l’art, mais ce n’est pas récent. Aujourd’hui, je ne pourrai plus vivre sans. J’utilise beaucoup Facebook et Instagram, j’envoie des newsletters, ça fait complètement partie de ma communication, c’est une manière de se faire connaître. Les gens pensent qu’ouvrir une galerie consiste à ouvrir la porte. Ouvrir la porte, c’est les vacances pour moi. Il faut savoir que la plus grosse partie de mon travail se passe sur l’ordinateur et dans les ateliers des artistes.

DD : Vous êtes installée à Anvers, qu’est-ce qui vous plait dans cette ville ? Comment jugez-vous le positionnement de la ville sur la scène du design contemporain ?

VW : C’est une ville à taille humaine et dynamique qui a la qualité d’avoir beaucoup de créativité – notamment grâce au Département Mode de l’Académie royale des Beaux-Arts qui est considéré comme l’une des écoles de mode les plus importantes au monde. Il existe un petit cercle de galeristes, nous nous retrouvons régulièrement et organisons des événements ensemble.

« Mon but n’est pas uniquement d’exposer des choses chères réservées aux happy few. Je veux prendre la parole, raconter des histoires et montrer mon engagement pour des causes qui me tiennent à cœur.»

DD : Un dernier mot sur la prochaine exposition…

VW : Il s’agit d’une exposition de Rikkert Paauw, un designer, artiste et architecte qui était présenté au Festival Design Parade à Toulon l’été dernier. Son concept est d’aménager des pièces ou de créer des meubles à partir de matériaux et d’objets récupérés dans les rues. Cette exposition est pour moi une manière de rendre compte de tous les déchets que l’on fait, du gaspillage excessif alors que, parallèlement, notre société continue à produire toujours plus. Rikkert Paauw pose aussi la question de la pauvreté : on utilise des objets qui sont jetés et qui sont sans doute réutilisés, recyclés par d’autres gens qui n’ont rien et qui vivent dans la rue. Mon but n’est pas uniquement d’exposer des choses chères réservées aux happy few. Je veux prendre la parole, raconter des histoires et montrer mon engagement pour des causes qui me tiennent à cœur.

DD : Nous vous attendons à Paris au mois de mai pour le Festival du Design, avec un projet qui vous tient particulièrement à cœur, pouvez-vous nous en dire plus ?

VW : Pour le Festival du Design des D’Days je vais présenter le CUTLERY SHOW. Une exposition qui parle des couverts. Il s’agit de mettre en scène des couverts qu’on utilise à la fois en tant qu’ustensiles de table dans la vie de tous les jours et qui sont aussi présentés comme des objets rares, de l’art pur. L’idée centrale est avant tout de raconter une histoire autour de la nourriture. Je ne veux pas simplement montrer des belles choses, il s’agit d’apporter une réflexion sur les pratiques alimentaires : l’acte de manger ne peut se limiter au simple fait de s’alimenter. C’est un thème qui me tient à cœur et qui est important dans le monde entier. Je vais exposer à la galerie IBU au Palais Royal, c’est une invitation de Apollonia Poilâne* dont la galerie appartenait à sa mère, une artiste.

*Anecdote : Apollonia Poilâne, à la tête de l’entreprise familiale Poilâne, partagent avec sa sœur Athena, la direction de la galerie IBU qui appartenait à leur mère. La célèbre boulangerie a été fondée dans les années 1930 et développe dès lors un goût pour les arts. A l’époque son grand père, Pierre Poilâne était en relation avec les artistes du quartier qui lui offraient des tableaux contre du pain dans sa boulangerie rue du Cherche-Midi dans le 6è arrondissement de Paris. Plus tard, dans les années 60, Lionel Poilâne a réalisé du mobilier en pain (lit, chandelier…) pour Salvador Dali. Un moyen pour ce dernier de s’assurer qu’il n’y avait pas de souris chez lui.

 

/////

ACTUALITÉS

CUTLERY SHOW sera présenté à la Galerie IBU — Galerie de Valois, 166 Jardins du Palais Royal, 75001 Paris — pour le Festival du Design D’Days, du 2 au 14 mai 2017 à Paris.

 

Copyright photos
Portrait : Eline Ros Veerlewenes
Photos Galerie valerie_traan : Frederik Vercruysse, Pieter Huybrechts, Tim Vandevelde, Verne
Exposition The end of the world for beginners de Johan de Wit
The Cutlery Show by Octave Vandeweghe : Matteo Robert

valerie_traan valerie_object