« Apparemment nos fèves et couronnes semblaient dédiées à des reines ! » Bruce Cecere, ferronnier d’art x Samuel Accoceberry

24 mars 2017

Péri'Fabrique Bruce Cecere et Samuel Accoceberry

En ce début d’année 2017, la communauté D’Days a fêté l’Épiphanie. Ce sont les couples artisans d’art / designers de Péri’Fabrique #5 – programme D’Days soutenu par la Fondation Bettencourt Schueller et le territoire d’Est Ensemble – qui nous ont fait l’honneur de dessiner et de fabriquer fèves et couronnes. Nous avons interrogé les duos afin de revenir sur leur collaboration.

Échange avec Bruce Cecere, ferronnier d’art et Samuel Accoceberry, designer.

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« Entre tous ces projets, ce qui m’anime principalement, c’est l’idée de valoriser l’échange, l’humain et le savoir-faire au cœur du projet, que ce soit avec un artisan, une entreprise artisanale ou une industrie. »

D’DAYS : Pouvez-vous présenter votre atelier/studio en quelques mots ?

Bruce Cecere : L’atelier Bruce Cecere est un atelier de ferronnerie d’art basé à Pantin en Seine-Saint-Denis, où nous avons la chance de travailler dans un local industriel de 200 m2 avec une belle hauteur sous plafond et une belle lumière zénithal.

C’est un atelier de conception et de fabrication d’ouvrage métallique sur mesure : luminaire, petit mobilier, agencement. C’est-à-dire que nous pouvons répondre, grâce à nos outils et compétences techniques, aux demandes exigeantes en niveau de qualité des architectes, décorateurs, designers, etc.

Quand nous sommes sollicités pour réaliser un ouvrage, nous commençons par faire une étude de conception de l’ouvrage, puis s’il le faut un prototypage ou échantillonnage pour les finitions, une fois la conception et la finition validées par le client, l’ouvrage peut partir en fabrication.

Nous disposons d’une forge pour le travail des métaux à chaud, de plusieurs procédés de découpages du métal à froid, de différents procédés de soudure, un tour, une fraiseuse… tout ce dont un atelier doit disposer.

Samuel Accoceberry : Mon studio est basé dans le 18ème arrondissement de Paris, j’ai ouvert ce dernier en 2010, après avoir collaboré une dizaine d’année pour d’autres cabinets de design à Milan et Paris.
 
J’interviens dans des champs assez différents du design, que cela soit pour créer du mobilier, sur l’accompagnement d’une maison d’édition ou d’une entreprise industrielle en direction artistique, sur du luminaire, des pièces en série limitée pour des galeries, sur une solution de service pour un espace aéroportuaire, un savon, un hypermarché, un tapis, du mobilier urbain, ou dans une résidence avec des artisans dans le but de valoriser les savoir-faire.
 
Entre tous ces projets, ce qui m’anime principalement, c’est l’idée de valoriser l’échange, l’humain et le savoir-faire au cœur du projet, que ce soit avec un artisan, une entreprise artisanale ou une industrie.

D’Days : Quel est votre sujet / matériau de prédilection ?

Bruce Cecere : La matière utilisée est le métal, sous toutes ses formes : en barres, en feuille, laiton, cuivre et bien sûr acier.

Notre mission est d’être force de propositions, d’innover en partant des techniques ancestrales et de tenter de les améliorer avec l’apport des nouvelles technologies.

Les progrès techniques peuvent permettre certains raccourcis sur le processus entier d’un ouvrage et donc préserver une certaine « pureté » du métal.

Samuel Accoceberry : Mes projets sont assez différents les uns des autres. C’est une volonté.
 
Je conçois avant tout la création comme un ensemble décloisonné dont il est essentiel pour moi d’en explorer les différents aspects polymorphiques.
 
J’attache donc beaucoup d’importance à ne pas m’enfermer dans quelque chose : une catégorie ou un matériau justement. J’essaye ainsi de ne pas avoir trop de prédilections – même si j’ai un léger faible pour l’assise et le bois.
 
Pour créer, il faut être curieux et surtout se laisser la liberté de pouvoir découvrir. 

D’Days : Pouvez-vous nous présenter votre création de fèves et de couronne pour l’événement des Rois et Reines de D’Days ?

Bruce Cecere : La création s’est faite en collaboration avec Samuel. La fabrication et la finition ont été réalisées par l’atelier.

Samuel Accoceberry : Pour ce projet, spontanément, j’ai essayé de reprendre la forme et le matériau qui est essentiel dans la lampe. C’est-à-dire les disques en laiton doré. Positionnés avec différents angles, on joue avec les surfaces et la lumière. Ce qui permet de renvoyer cela à notre projet de lampe.
 
Bruce s’est occupé de la réalisation de la couronne et moi de la fève que j’ai mise formellement en lien avec cette dernière.
 
Finalement, nous avions quelque chose d’assez féminin comme proposition. Ce qui fut étonnant, c’est que lors de l’événement ce sont essentiellement des femmes qui ont tiré nos fèves et couronnes.

Apparemment, elles semblaient dédiées à des reines.

D’Days : Parlez-nous de MÖN Light, pièce co-créée pour le programme Péri’fabrique #5 ? Comment vous est venue l’idée de ce projet ?

Bruce Cecere : La MÖN Light est née dans le cadre du projet artisan / designer mis en place avec Péri’Fabrique pour les D’Days [Ce programme D’Days est soutenu par la Fondation Bettencourt Schueller et le territoire Est Ensemble – NDLR].

Cette lampe inédite a été travaillée à la limite de la rupture pour que l’on puisse garder cette sensation de fragilité et d’équilibre entre les différentes terminaisons. Toutes les parties noires sont en acier oxydé puis stabilisé, les disques sont en cuivre brossé, le contre poids et les abat-jours ont été dorés en bain.

Il a fallu faire de nombreuses recherches pour trouver le bon équilibre entre solidité et facilité d’utilisation des parties mobiles, et nous sommes arrivés à un bon compromis.

Samuel Accoceberry : Tout d’abord, j’étais ravi de travailler avec un ferronnier d’art. Cela allait me permettre d’explorer le domaine du métal de manière artisanale et non industrielle, que je connaissais un peu.
 
Avant d’aller dans l’atelier de Bruce, j’avais en tête des structures, des architectures métalliques styles Eiffel, des poutres, des barres, des entrelacs et des silhouettes élancées qui découpent géométriquement l’espace.

J’avais également l’image de quelque chose de froid et brut, mais aussi d’organique et d’élégant. Spontanément j’ai pensé à une lampe, une potence.

Je trouvais intéressant l’idée d’avoir quelque chose qui parte d’un élément brut, puis qui se ramifie telle une structure plus légère, comme végétale, pour se terminer sur certains points par des éléments, comme d’orfèvrerie, qui accrocheraient l’œil, la lumière et contrasteraient avec le reste.

«À la fin de cette expérience, j’ai eu le sentiment de sortir grandi car nous avons conçu ce projet de A à Z. C’est le résultat d’un véritable binôme basé sur une complémentarité de compétences.»

D’Days : Bruce, qu’avez-vous aimé dans le travail de Samuel Accoceberry ?

Bruce Cecere : On m’a proposé plusieurs designers et je devais choisir celui avec lequel j’avais le plus envie de travailler. Mon choix s’est révélé judicieux car la collaboration s’est très bien passée dès le départ.

J’ai été bluffé par la rapidité et la pertinence du processus créatif de Sam. Il a montré une grande capacité d’écoute pour mener à bien le projet au stade final et m’a fait confiance lorsque je lui apportais des suggestions.

D’Days : Et vous, Samuel, qu’avez-vous avez aimé dans le travail de Bruce Cecere ?

Samuel Accoceberry : On s’est très bien entendu dès le début avec Bruce. Il y a eu un bon feeling. J’ai senti qu’il était dynamique, ouvert, qu’il était exigeant et surtout qu’il avait une excellente maîtrise technique. Ce fut une rencontre et une vraie collaboration humaine et professionnelle.

D’Days : Comment avez-vous travaillé ensemble ? Qu’avez-vous pu retirer chacun de cette collaboration ?

Bruce Cecere : À la fin de cette expérience, j’ai eu le sentiment de sortir grandi car nous avons conçu ce projet de A à Z. C’est le résultat d’un véritable binôme basé sur une complémentarité de compétences. Pour nous ce projet est un vrai succès car il est aujourd’hui édité par Christophe Delcourt.

Samuel Accoceberry : Avant tout, il est essentiel pour moi de connaître et de comprendre la personnalité du binôme que j’embarque dans le projet. L’idée est de savoir si on va pouvoir aller jusqu’au bout ensemble, jusqu’où je vais pouvoir le challenger et si on va pouvoir prendre du plaisir dans le projet

Après cette prise de contact déterminante, j’ai regardé ce que faisait Bruce pour tenter de cerner son champ d’expertise et de comprendre ses aspirations. Puis je lui ai proposé cette typologie de lampe, à laquelle il a répondu avec dynamisme et motivation.

À partir d’une maquette à échelle réduite que j’ai réalisée, Bruce a développé un modèle à l’échelle réelle puis il m’a proposé des solutions techniques, des qualités de finitions et d’autres types d’arrangements. Il y a eu un vrai transfert de compétences entre nous deux et esthétiquement nous étions en phase.

Au-delà de l’expérience partagée, nous avons à présent dans l’idée de développer l’expérience sur d’autres projets en commun.

D’Days : Votre actualité pour 2017 ?

Bruce Cecere : Plusieurs choses autour de la MÖN Light : une présentation à Milan pour EUROLUCE du 4 au 9 avril 2017, le développement de différentes déclinaisons de la MÖN light.

Nous serons également présents au salon Révélation au Grand Palais – du 3 au 8 mai 2017 – avec ce projet, aux côtés de l’exposition de Péri’Fabrique 2017 de D’Days.

Pour nos autres projets : la fabrication d’un Grand paravent pour Christophe Delcourt qui doit être posé au mois d’avril à New York, ainsi que plusieurs projets d’agencement pour des architectes décorateurs parisiens.

Samuel Accoceberry : Pour commencer, la lampe Moon va être présentée à Milan sous le nom de MÖN par Christophe Delcourt chez DELCOURT COLLECTION. Nous commençons à travailler avec Bruce pour décliner celle-ci dans d’autres modèles.
 
Par ailleurs, je travaille sur des pièces en verre avec Vincent Breed pour le prochain salon RÉVÉLATIONS, sur une nouvelle typologie de produit chez LA BOITE CONCEPT (plutôt pour la fin de l’année), la mise en production d’un device électronique pour la start-up AUGMENTED ACOUSTICS, une gamme de bancs en chêne massif avec un scieur pour des aménagements d’espaces publics, une collection de vaisselle en plastique recyclable pour le transport aérien.
 
Avec WoodLabo nous avons également constitué une équipe de designers et nous travaillons pour une entreprise sur le développement d’une gamme de solutions acoustiques innovantes pour l’architecture.
 
Et toujours : du mobilier, des tapis, etc.

 

Samuel Accoceberry